Le classement mondial Marsh-CFA Institute place la France au 19e rang sur 55 systèmes de retraite. Le niveau des pensions la hisse sur le podium, mais sa note de soutenabilité reste bloquée à D, à quelques mois d’une présidentielle où l’âge de départ et la capitalisation divisent les candidats.
Il y a un an, Manon Carlési, chez Mercer France, prévenait que la suspension de la réforme de 2023, alors proposée par le gouvernement de Sébastien Lecornu, « pourrait avoir raison du maintien de la notation de la France en 2026 ». La suspension s’applique depuis le 1er septembre. Le classement publié le 20 octobre par Marsh, qui a absorbé la marque Mercer, et par CFA Institute laisse pourtant le score français strictement inchangé : 70,3 sur 100, soit la note B, comme l’an dernier. Le pays glisse de la 18e à la 19e place, dans un panel passé de 52 à 55 systèmes.
Ce score unique en résume trois. L’indice combine plus de 50 indicateurs répartis en trois blocs : l’adéquation, qui mesure le niveau des pensions (40 % de la note), la soutenabilité, qui juge la capacité du système à tenir dans la durée (35 %), et l’intégrité, qui porte sur la gouvernance et l’information des affiliés (25 %). Sur le premier critère, la France obtient 85 points et se classe 3e, derrière le Koweït et les Pays-Bas. Sur le deuxième, elle plafonne à 49,3 points, au 36e rang. C’est la note D, à 0,7 point du seuil qui la ferait passer en C.
L’écart avec les pays du Nord
Les deux premiers du classement, les Pays-Bas (85,8) et le Danemark (84,1), adossent leurs retraites à de grands fonds de pension capitalisés. Leur score de soutenabilité dépasse 82 points, plus de 33 points au-dessus de la France. Le Royaume-Uni, 14e, obtient 62,4 sur ce critère. La France n’est pas la plus mal placée en Europe : l’Allemagne, 25e, fait un peu moins bien en soutenabilité (47,2), l’Espagne (33) et l’Italie (27) nettement moins bien.
« Malgré la réforme de 2023, la question du financement des retraites demeure entière, dans un contexte de vieillissement démographique », observe Manon Carlési, aujourd’hui co-responsable de l’offre Transition Emploi Retraite chez Marsh en France. Le rapport adresse quatre recommandations à la France : augmenter les cotisations capitalisées, relever le taux d’activité des seniors à mesure que l’espérance de vie progresse, mieux informer les affiliés et réduire progressivement la dépense publique de retraite. Celle-ci représentait 14,1 % du PIB (produit intérieur brut) en 2025, selon le COR (Conseil d’orientation des retraites). Le système affichait cette année-là un déficit de 5,1 milliards d’euros, soit 0,2 % du PIB, et le COR le voit se creuser jusqu’à 2,4 % du PIB en 2070 dans son scénario de référence.
Un débat rouvert pour 2027
La suspension, inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, gèle le relèvement de l’âge légal jusqu’à la fin de 2027. Un assuré né en 1964 peut ainsi partir à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans. Le COR en évalue le coût à environ 1,8 milliard d’euros par an en moyenne d’ici à 2032. Sans nouvelle loi, le calendrier de 2023 reprendra ensuite, jusqu’à 64 ans pour la génération 1969. Les candidats déclarés ou pressentis partent dans des directions opposées : retour à 62 ans pour le Rassemblement national, La France insoumise et Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, 65 ans pour Édouard Philippe, suppression de l’âge légal au profit de la seule durée de cotisation pour Gabriel Attal.
L’opinion, elle, penche déjà. Selon le baromètre Assurances 2026 de BPCE L’Observatoire, 69 % des Français souhaitent la mise en place d’une retraite par capitalisation. Le PER (plan d’épargne retraite) réunissait 150,4 milliards d’euros d’encours et 12,9 millions de titulaires fin 2025, d’après la direction générale du Trésor. À titre individuel, le rachat de trimestres reste une autre piste pour partir plus tôt ou sans décote : il coûte en 2026 de 1 055 à 6 684 euros par trimestre dans le barème forfaitaire, selon l’âge, les revenus et l’option choisie, dans la limite de douze trimestres, et la somme se déduit du revenu imposable. Les auteurs du classement plaident, eux, pour des systèmes plus souples, y compris sur l’âge de départ. « Cette flexibilité n’est plus une option », tranche Tim Jenkins, auteur principal du rapport.
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